"Prenez votre Hatier et faites moi les exercices un, trois, quatre, cinq, six a, dix et onze page cent quarante, cent quarante et un et je me tais et je travaille en silence."
Cette phrase avait claquée d'une manière qui aurait du avoir de l'effet sur les élèves selon le souhait de ce professeur. Malheureusement, elle, dans son mètre cinquante et un et sa cinquantaine d'années n'avait aucune chance contre des 4ème qui voyaient déjà tous le sommet de son crane sans se lever sur la pointe des pieds. Quand on n'est pas l'élève de Mme Bourg il est difficile de la comprendre. Il faut savoir qu'elle nomme les manuels scolaires par le nom de leur maison d'édition et qu'elle donne des ordres en parlant à la première personne du singulier. Ainsi, un ordre comme "asseyez-vous et taisez-vous!" donnait "je m'assois et je me tais." Bref, Mme Bourg faisait partie de ces professeurs au bout du rouleau, attendant l'heure de la retraite avec impatience.
En ce jour du seize décembre mille neuf cent quatre- vingt dix-neuf, jour où cette phrase avait été prononcée devant vingt-six élèves (dont deux à peu près aptes à suivre ce cours et un dont le cerveau était dans un état presque comateux depuis le début de l'heure), se trouvait Lily. Elle...euh...s'ennuyait pour ne pas dire autre chose de plus "vulgaire" selon les adultes mais pourtant plus adéquat à la situation. Elle s'ennuyait donc. Lily était élève en 3ème au collège Jeanne Mance. C'était un modeste établissement privé ou était inscrit à peine deux centaines d'élèves. Lily était une jeune fille, plutôt complexé par ses quelques rondeurs en trop, qui n'avait pas beaucoup d'amis. Elle était plutôt grande, avec des cheveux châtains clairs, des yeux verts sans éclat, un petit nez, des oreilles rondes et une tache de naissance sur sa fesse gauche.
Elle avait deux frères: Damien, l'ainé, grand, brun, au mauvais caractère. Ensuite, venait moi, Tom, son petit frère, né cinq ans après elle. Ce jour là, j'étais dans ma classe de Cm1 et je jouais les intellectuels auprès de ma classe déjà incompris et peu populaire auprès de ceux qui, plus tard, se feront un point d'honneur à m'éloigner de tout ce qui se rapprochera d'un semblant de vie sociale.
"Lily! averti Nicolas, un grand brun avec des taches de rousseur qui était assis à coté d'elle pendant les cours de français. Fais gaffe, Clignotant arrive vers toi et si elle vois que t'a pas fait tes exercices pour aujourd'hui, elle va encore s'exciter!"
Clignotant, c'est Mme Bourg. On la surnommait ainsi car elle avait de fâcheux tics, qu'elle avait acquis le long des années, qui la faisait cligner des yeux sans arrêt.
"T'inquiète, dit Lily, je vais lui montrer des anciens exos, j'ai juste changé les références, elle n'y verra que du feu la vieille.
-Ca va jamais marcher elle est pas stupide à ce point!
-Mais si et tu le sais très bien, t'es juste jaloux de pas avoir eu cette idée avant, d'ailleurs, ajouta-t-elle, je me demande si elle arrive encore à voir quelque chose derrière ses paupières sans cesse en mouvement...
-Je me tais et je travaille en silence Mlle (pas trouvé de nom)! Tonna la prof.
-Oui Mme Bourg!" rétorqua Lily, avec toute la focuserie dont elle pouvait se permettre.
L'Ennui est une chose perverse, que l'être humain cherche à tout prix à éviter, et assister à un cours de Français avec une prof qui ânonne sans entrain ses cours n'aide pas vraiment à tromper son Ennui. Tout en fixant la prof d'un ½il vitreux, Lily mâchouillait avec ardeur son crayon de papier quand elle se rendit compte qu'une de ses dernières dents de lait n'allait pas tarder à tomber. Il est vrai qu'il n'est guère commun d'avoir encore des dents de lait à quatorze ans mais Lily en avait encore trois, et bientôt plus que deux pensa-t-elle tandis qu'elle commençait à arracher délicatement les quelques nerf qui restaient autour de la couronne. Elle tira d'un coup et sentit le gout de son sang remplir lentement sa bouche, elle avait toujours apprécié cet instant car, à vrai dire, elle adorait le goût de son sang, tellement que même quand elle se blessait elle léchait la plaie avec délectation. Elle commença à colorier sa dent en rouge quand la cloche se mit à annoncer la fin de l'heure. Elle déposa sa dent dans sa poche et fit son sac pour aller à son cours préféré, celui de musique, seul cours où elle parvenait à avoir une moyenne acceptable.
16h50.Fin des cours. Environ cent quatre-vingt adolescents se dépêchèrent de quitter Jeanne Mance, collège si accueillant que même un inconditionnel de la vie se tirerai une balle rien qu'en voyant la façade triste, grise et sans âme de ce collège.
"T'es sur que tu veux pas rester un peu avec moi?
-C'est gentil Nico mais mes parents vont criser si je ne rentre pas maintenant." mentit Lily. Elle aimait bien Nicolas mais elle préférait garder ses distances car lui l'aimait un peu trop. Sachant qu'il pouvait se montrer très collant, Lily décida de passer par un autre chemin, plus long, certes, mais qui lui éviterai ainsi de subir les avances maladroites d'un adolescent pré-pubère en train d'apprendre, sans prendre la peine de passer par la théorie avant la pratique, tout le sens du mot rut.
Langres, petite ville de 8 000 habitants intra-muros, était une ville fortifiée avec ses remparts et ses petites ruelles sombres. Et, c'était par la petite rue aux chats -appelée ainsi pour la quantité de félidés qui y séjournaient- que Lily passait pour rentrer chez elle ce soir là. C'était une ruelle qui se terminait en angle droit avec un débouché sur une place dont je ne me souviens plus du nom. Lily avait oubliée deux choses essentielles d'abord qu'on était en hiver donc que la nuit tombait juste après les cours ensuite qu'elle n'avait que quatorze ans et qu'elle se trouvait seule dans une rue devenant obscure où n'importe quel individus pouvait l'agresser ou même la violer. Elle préféra donc accélérer le pas se rapprochant du virage en angle droit.
CRAC! Lily se retourna. Personne. Peut être un chat se dit elle quand elle entendit un autre craquement suivit d'un bruit de pas. Angoissée, elle se mit à courir tout en regardant derrière elle.
BLAF!!!
Elle venait de se prendre le mur de brique car, en regardant derrière elle, elle n'avait pas remarqué que le mur tournait à sa droite, lui permettant ainsi d'observer de plus près un somptueux mur en brique où se côtoyaient les toiles d'araignée et les fientes de pigeons.
Titubant sur le choc, elle se mit à saigner du nez. Tout en sortant un mouchoir elle fit tomber la dent qu'elle avait fraichement arrachée. Se souvenant qu'il faisait nuit, et que le bruit de pas qu'elle avait entendu pouvait toujours provenir d'une personne pas très catholique, elle décida de rentrer chez elle maugréant en sachant qu'elle avait gagné un mal de crâne pour la soirée.
Juste après que Lily ai tournée au coin de la rue, Squib sortit de sa cachette. Squib était un jeune écureuil, il avait un épais pelage roux pour faire face à l'hiver rigoureux qui s'annonçait. N'importe quelle petite fille qui serait passée en ce moment là se serait exclamé d'un gloussement niais en le voyant une phrase se rapprochant de : OH il est trop mimi maman je veux le même. Indubitablement, Squib était mignon. Mais comme tous les écureuils, sa capacité intellectuelle frisait celui d'un bulot cuit. Squib huma l'air. A première vue, il n'y avait pas d'Humains dans les environs. Squib sortit donc du trou qui lui servait de refuge et se rendit dans sa réserve de noisettes. Les écureuils aiment avoir un refuge et une cachette à provisions séparées. Squib n'échappait pas à la règle. Ses provisions étaient cachées dans un trou de taille moyenne avec une petite ouverture tout en bas du coin du mur. Considérant son intelligence, le fait qu'il connaisse toujours le lieu de sa réserve de noix, de noisettes et de tout ce qu'il avait pus trouver d'autre de comestible, frisait le miracle. En se rapprochant de sa réserve, il remarque quelque chose d'insolite. Devant le trou se trouvait... une dent! Bien sûr Squib n'en savait rien. Il décida de prendre cette chose blanche entre ses pattes, il la flaira, ça avait le goût d'Humain! Il décida quand même de goûter car il savait que les Humains avaient parfois de la nourriture bonne chez eux. Nan, cette fois rien à voir, ça avait l'odeur de l'Humain mais aussi le goût très fort de l'Humain! Il en connaissait déjà le goût car un petit d'Humain avec une voix couinante avait essayé de le toucher au printemps dernier et il avait dût se défendre, le truc s'était mis à couiner de plus en plus fort puis était partit très vite. Pendant deux jours ce goût infect était resté dans sa bouche.
Pourtant, Squib décida quand même de placer ce bout d'Humain à l'abri dans sa réserve. Il était en train d'y sortir quand il entendit un bruit de pas. Même s'il était plus près de sa réserve que de son terrier, la logique écureuil voulut qu'il courre vers son nid. Le bruit de pas se rapprochait. Squib était au près du mur s'apprêtant à l'escalader quand il sentit une forte odeur d'homme et une main aux doigts crochus s'emparât de lui. Squib était terrorisé. Un Humain avait osé le toucher! Frémissant de peur plus que d'indignation il essaya de le mordre mais n'y réussit point. L'autre main s'approcha de lui avec un objet à bout rond ressemblant à un fer à souder. Une seconde après le contact de l'objet avec la patte gauche de Squib, celui-ci s'embrasa. Dans un petit cri de douleur bref, la flamme de vie de Squib s'éteignit laissant place à un brasier spontané. L'homme relâcha sa prise, le cadavre plein de cloque de l'écureuil eut un réflexe post mortem, puis, celui-ci se transforma en cendre et le reste de Squib s'envola dès la première bourrasque légère.